Overblog Tous les blogs Top blogs Maison, Déco & Bricolage Tous les blogs Maison, Déco & Bricolage
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'histoire du costume est une grande aventure, que je vous propose de partager : anecdotes, mais aussi techniques de reconstitution ; costumes historiques, mais aussi costumes de film et de GN

Publicité

Cinq erreurs sur le costume de la Renaissance

Ou plus précisément sur notre approche du costume renaissant.

 

Premier point : est-il bien légitime de penser que les humanistes ont influencé la mode ?

496px-Holbein-erasmus2Souvent les ouvrages sur l’histoire de la mode considèrent que la pensée des humanistes a fortement influencé les modes et les évolutions du costume. Cela me semble être une erreur car cela reviendrait à dire que les intellectuels influencent la mode. Si à l’occasion vous croisez un universitaire (et croyez-moi sur parole, j’en croise beaucoup), vous vous rendrez à l’évidence : leurs pensées n’influencent pas leur vêture.

Ceux qui à la Renaissance ont influencé la mode, ce sont les membres des familles régnantes et leur entourage. Eux-mêmes ont été sensibles aux idées des humanistes quand ils ne les ont pas encouragés et financés. Voyez en France le rôle de Marguerite de Navarre. Toutefois il ne faut pas croire que les puissants ont adhéré à toutes les idées des humanistes : une partie des enjeux leur passait largement au-dessus de la tête (les éditions de textes anciens et autres considérations linguistiques) et une autre partie a créé de fortes résistances qui se cristallisent autour de la Réforme.

 

Deuxième point : l’histoire de la mode est-elle une histoire de l’art ?

mars et venus-8decc

La plupart des livres d’histoire de la mode sont des livres d’histoire de l’art : ils décrivent les costumes et leur évolution. Ils les rattachent à des grands courants artistiques. Ainsi le costume du XIVe siècle sera dit gothique tandis que celui de la cour de Louis XIV sera baroque. Le costume du XVIe siècle devra donc être renaissant. Ce phénomène est amplifié par la croyance que les peintures reflètent fidèlement l’habillement de l’époque. Ce qui n’est jamais parfaitement le cas. Dans le cas des portraits qui potentiellement sont les plus fidèles à la réalité, il s’agit toujours d’une mise en valeur de la personne qui se présente avec ses plus beaux atours. Le portrait est encore réservé à cette époque à la noblesse et ne peut pas prétendre présenter le costume commun. Quant aux représentations d’histoire et de mythologie, laissons à l’artiste le droit de ne pas représenter le monde tel qu’il est mais de l’imaginer tel qu’il le rêve.

Pour une approche de l’histoire de la mode qui ne soit pas purement une histoire de l’art on peut consulter Daniel Rouche ou Philippe Perrot.

Cette simplification qui fait de l’histoire de la mode une simple branche de l’histoire de l’art explique les 3 points qui suivent : on applique alors au costume les phénomènes que l’on trouve pour l’art en général.

 

Troisième point : la mode italienne est-elle antiquisante ?

0065635b

La mode italienne du XVe et XVIe siècle est toujours dite antiquisante, sous prétexte que la Renaissance met l’antique à la mode. Regardons cela de plus près. Le costume antique grec comme romain se caractérise par une absence de coupe ou de mise en forme, un très faible recours à la couture et une omniprésence du drapé. Dans le costume italien de la Renaissance, au contraire, que de coutures, que d’élaborations du tailleur pour ajuster le vêtement. Ce costume peut évoquer l’antiquité par la souplesse de ses plis. Mais l’héritage médiéval est bien plus important : voyez les tuniques larges et ceinturés. Les vêtements à larges plis souples évoquent beaucoup la houppelande dont les larges plis sont des symboles de puissances (voir Odile Blanc).

 

Quatrième point : les costumes de la Renaissance respecte-t-il davantage la beauté et la souplesse « naturelles » du corps ?

ELIZABETH-PHOENIX.jpg

La mode renaissante est souvent vantée pour son confort et la liberté qu’elle offre au corps. Le corps serait libéré et remis en valeur (sous l’influence des humanistes qui mettraient l’homme au centre…). Ces remarques sont souvent associées au costume italien. Il serait en effet bien difficile de voir dans les deux grandes innovations du costume féminin du début du XVIe siècle, l’invention du corset et du vertugadin, des libérations du corps.

 

Cinquième point : la mode italienne a-t-elle conquis l’Europe ?

vertugadin2.jpgOn connait le rayonnement de l’art italien en Europe, et en particulier l’émerveillement des Français face à la préciosité des Italiens lors des guerres d’Italie. On en a déduit que la mode italienne rayonnait sur toute l’Europe. Déduction un peu trop rapide : l’Europe du Nord et l’Allemagne ont leur mode propre illustrée par Cranach ; en France Anne de Bretagne impose le style de la robe française ; l’Espagne invente le vertugadin tandis que l’Angleterre s’inspire à la fois de l’Espagne et de la France. Le seul élément italien qui ait eu vraiment du succès hors d’Italie est le crevée.

C’est en fait l’Espagne qui fournit l’essentiel de ce qui est à la mode et surtout la silhouette féminine du milieu du XVIe siècle constituée d’un triangle pour le buste, pointe vers le bas et d’un triangle pour la jupe, pointe vers le haut.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
<br /> ooh vraiment interessant...merciiiii pour toutes ces explications!<br /> <br /> <br />
Répondre