Voici un tableauqui m'a toujours fasciné, non pas pour la technique de la peinture, somme toute assez classique, no pour le choix d'une peinture de la société. Non ce qui me fascine dans ce tableau c'est cette robe au buste si fin qui s'évase en d'inombrables volants.
Le Bal, James Tissot, vers 1878.
James Tissot, peintre français lié à Degas, vécut longuement en Angleterre. Il commença par peindre des scènes de reconstitution historique, et termina par de la peinture religieuse : mais son nom reste attaché à une peinture mondaine, à des scènes londoniennes ou parisiennes où les femmes et leurs toilettes, savamment choisies et dépeintes, tiennent la plus grande place.
Le modèle du Bal, Kathleen Newton, fut la grande inspiratrice de James Tissot. On la voit ici en mondaine ou demi-mondaine, somptueusement parée, occupant quasiment tout l'espace de la toile, comme si on ne voyait qu'elle dans la foule de la réception. Au bras d'un homme beaucoup plus âgé, elle semble scruter l'assistance : une scène fugitive se joue dans cet échange implicite de regards.
C'est une peinture, fascinée mais critique, de la mondanité parisienne. Tissot théâtralise un monde où le jeu des apparences, sous l'effet d'un regard extérieur, craque et dévoile le mensonge, la vanité, la cruauté ou l'argent.
Ce tableau a toute les caractéristique de la mode de l'époque : la taille reserrée sur un corset, les hanches bien prises dans la jupe autour d'une tournure en queue d'écrevissess'évase ensuite dans le dos en une série de volants gauffrés. On devine ou on imagine un devant de la jupe très plat finissant en volant dans le bas.
Par comparaison le haut du corps à l'air sobre malgré son corsage de dentelle. Des manches trois-quart s'achevant au coude laisse place à des gantsblancs jusqu'au coudes, accessoire de bal par excellence, avec l'éventail qui à l'avantage de rééquilibrer vers le haut une silhouette qui semblerait trop immense vers le bas.
Point étonnant le col monte très haut, comme le veut la mode de jour de cette époque, mais pour un bal l'habitude aurait plutôt voulu que la robe soit très décolleté.
Enfin la coiffure en forme de petite charlotte rapelle les volants du bas de la robe.
Le peintre reprit cette toile en 1883, dans une version très voisine, avec une robe rose corsetée de noir et un format agrandi, sous un titre révélateur : La femme de Paris ou L'ambitieuse.

Sur ce tableau on voit mieux les gants et le travail de drapé sedevine à l'avant de la robe.
Le corset que l'on voit ici, n'est pas à strictement parler un corset puisque celui-ci était caché, et bien caché, mais la découpe est typique du corset dit de divorce. Nom sans rapport avec le mariage, bien sûr, il s'intitule ainsi car la forme avait pour but de séparer. Il se constitue donc en haut d'une découpe en trinagle au bord arrondi, qui donne cette forme caractéristique.