L'histoire du costume est une grande aventure, que je vous propose de partager : anecdotes, mais aussi techniques de reconstitution ; costumes historiques, mais aussi costumes de film et de GN
Le film de Sophia Copola, Marie Antoinette, n'est certainement pas historiquement correct. Mais quel plaisir de découvrir cette débauche de costumes qui, eux, présentent un certain réalisme. Je vous propose donc un petit tour du coté de la mode féminine des règnes de Louis XV et Louis XVI, mode dite roccoco.
Le siècle de Louis XIV fut un siècle de raideur de l'étiquette et donc du costume, le XVIIIe siècle s'en émancipe. Les dames de la cour commencent à rivaliser d'élégance avec les hommes qui jusque là avait le costume le plus ornementé. En même temps le siècle aspire à plus d'intimité et de confort.
L'une des tenues les plus prisées du début du siècle est la "robe volante" inspirée du déshabillé de la fin du règne de Louis XIV. Cette robe est composée d'un corsage à plis larges tombant des épaules jusqu'au sol et d'un jupon rond. Elle semble confortable (bien que portée sur un corset) mais absolument indécente pour paraître à la cour.
Voici une représentation de la robe volante par Watteau dans L'enseigne de Gersaint, 1720. Il a donné son nom au plis du dos dits "plis Watteau" sans en être l'inventeur pour autant.

A la cour, pendant toute la période, c'est la "robe à la française" qui triomphe jusqu'à la Révolution. Malgré son nom, elle est portée dans toute l'Europe (y compris en Angleterre). Cette robe se compose de la robe à proprement parler, d'une jupe (sorte de jupon apparent) et d'une pièce d'estomac triangulare portée sur le thorax et l'abdomen. La silhouette est modelée par un corset et des paniers. La robe de cour est soutenue par des paniers très larges, qui lui donnent sa forme caractéristique, mais fort peu pratique. 


Mais le XVIIIe siècle est aussi un siècle à la recherche de simplicité (si, si !). Les aristocrates commencent à s'inspirer du style vestimentaire des roturiers. Les dames de cour portent, dans l'intimité, des tenues champêtres librement inspirées des femmes du peuple. La robe devient plus simple, elle est portée avec une veste courte appelée casaquin ou caraco. La pièce d'estomac est remplacée par des "compères", deux rabats de tissu un peu moins contraignants, attachés par des boutons ou des agrafes à l'ouvertures frontales de la robe.
Le succès de ce genre de tenue est à mettre en parallèle avec la vague d'anglomanie de l'époque. L'Angleterre a une forte influence sur la mode masculine française pendant tout le XVIIIe siècle et commence à influencer la mode féminine à partir de 1770. Le goût (très anglais) pour la promenade inspire la "robe retroussée dans les poches" : les pans de la jupe sont relevés dans les poches latérales de la robe puis drapés dans le dos pour donner une plus grande liberté de mouvement.
A cette mode succède celle de la "robe polonaise" : l'arrière de la jupe est remonté à l'aide de cordon puis divisé en trois partie drapées. Ce nom étrange ne veut pas dire que la mode venait de Pologne mais fait allusion au premier partage de la Pologne en trois en 1772. 
La "robe à l'Anglaise" est une variante de cette robe polonaise mais les plis sont cousus dans le dos jusqu"à la taille. Elle se compose d'une robe fermée sur le devant et d'une jupe montée par fronçage puis couture au corsage selon une ligne qui remonte des hanches vers la taille. Son corsage ajusté se termine par une pointe au bas du dos. Elle pouvait être portée sans panier, ses drapés lui donnant alors sa forme ronde.

Marie-Antoinette met à la mode ses tendances venues d'Angleterre. Son goût pour la nature se manifeste dans la création du Hameau de la reine, où elle aime se vétir d'une simple robe de coton avec un chapeau de paille. Elle apprécie particulièrement la chemise en mousseline blanche, style qui fut baptisé "chemise à la reine" en 1775. Par son étoffe comme par sa coupe, la chemmise à la reine marque une transition vers la robe à taille haute du Directoire, mais c'est une autre histoire...
Passons à un petit exercice pratique.
Quelle robe porte Marie-Antoinette ?
La robe du mariage est une robe de grande cérémonie. C'est donc bien logiquement une robe à la française : panier très large, pièce d'estomac très orné.
Ici promenade au parc. L'ampleur des jupes et la pièce d'estomac permettent de reconnaître encore des robes à la française. Les tissus sont typiques de l'époque égalemnt avec la mode des indiennes : toiles de coton imprimées (et importées des Indes). Pas précisément pratiques pour se promener dans le parc.
Photo intéressante : observez la différence des corsages et de leur fermeture. Sur la gauche (et probablement sur la droite mais difficile à dire à cause du noeud du chapeau) une robe à la française avec sa pièce d'estomac triangulaire (un peu simplifiée). Au centre par contre, le corsage boutonné sans pièce d'estomac est typique d'une robe à l'anglaise.
Ici une jupe relevée, un corsage serré dont on devine un fin en pointe dans le dos : une robe à la polonaise.