La vie de Madeleine Vionnet ne tient pas du conte de fée : née en 1876, elle perd sa mère dans sa petite enfance. Bonne élève, elle obtient une bourse pour poursuivre ses
études et rêve de devenir institutrice, mais son père en décide autrement et la place dès ses 12 ans. A 16 ans, elle monte à Paris et entre dans une maison de couture. A 20 ans, elle quitte la
France et son mari, pour partir en Angleterre y apprendre l'anglais. Elle découvre aussi comment habiler les classes aisés. De retour en France, elle travaille chez les soeurs Callot qui la font
vraiment entrer en haute couture puis pour Doucet où elle est première d'atelier.
En 1912, elle ouvre au 222 rue de Rivoli sa propre maison de couture. La première guerre mondiale ralentit l'activité de sa maison qui connait le plein succès durant les années
1920-1930.
Quelques logos de sa maison :
En 1939, au début de la seconde guerre mondiale, elle choisit de fermer boutique et de prendre sa retraite, elle est alors agée de 63 ans et avoue sa lassitude et sa difficulté à se
renouveler. Elle fait partie des nombreuses maisons de couture pour lesquelles la seconde guerre mondiale fut fatale. Elle vécut encore de nombreuses années, cultivant son jardin et donnant des
cours de coupe à la chambre syndicale, et mourut en 1975.
Madeleine Vionnet s'inspire surtout des peplos grecs. Elle choisit des formes géométriques pour créer des robes drapées. Elle recherche une sorte d'archétype de la femme par la
simplicité du vêtement :

La robe 4 mouchoirs, qui a une forme de peplos.
Madeleine Vionnet est à l'origine de nombreuses innovations, dont la plus importante est la coupe en biais. Il s'agit de couper le tissu en diagonale plutôt qu'en suivant la lisière
(le droit-fil). Cette technique existait avant elle mais était réservée à des petites pièces (cols, poignets, doublure de corsage, volants), car elle demande beaucoup plus de tissu que la coupe
en droit-fil. Elle permet toutefois des tombés bien plus souples et des drapés.
Par exemple :
Il est impossible de tailler ce genre de robe dans le droit fil.
Autre innovation de Madeleine Vionnet : le travail à partir de petits mannequins de 80 cm pour essayer les toiles, les adapter, les retravailler. Ce genre de mannequins
existait déjà mais ne servait qu'à présenter des modèles, pas à les fabriquer :
Cette technique sera réutilisée par exemple à la sortie de la 2nde guerre mondiale quand on cherchera à relancer la haute couture française : les grands couturiers proposeront
des modèles pour petits mannequins, constituant une exposition, "le théâtre de la mode" qui avait pour but de promouvoir la couture française. Après un grand succès à Paris, cette exposition
parcourut les capitales européennes avant de franchir l'Atlantique pour apporter la "bonne parole" aux Etats Unis.
Enfin on doit à Madeleine Vionnet une démarche importante autour du copyright et du droit d'auteur. Chacune de ses créations reçoit sa griffe, marquée d'un numéro de série et
de l'empreinte digitale de son pouce. Chaque année, elle dépose les modèles de sa collection en photographiant chaque modèle. Un habile jeu de miroir permet de voir à la fois le coté, le dos et
le devant de la robe. Elle constitue ainsi d'importants recueils de photos : un classeur pour chaque collection pendant 20 ans. Elle les confie en 1952 à François Boucher qui cherchait à créer un
musée de la mode. Ils sont aujourd'hui conservés aux musée des Arts déco.
Encore quelques images :
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